Fils à papa et fils de p…

10122007

Je fais partie de ces grincheux rétrogrades que l’expression « de par », couramment utilisée par les intellectuels de la télé de 2ème partie de soirée, fait hurler à la mort. La phrase « De par les activités illicites de ces individus, bla bla bla… » me met réellement au bord du vomi. Doudou n’en peut plus de m’entendre vociférer devant le petit écran : « Du fait de, c’est du fait de qu’il faut employer, de par c’est de la merde, ça n’existe pas, tu comprends, ça n’existe pas !! ». Petite déjà, je bouillais d’indignation quand les filles de ma nourrice, par ailleurs méchantes comme des teignes, saupoudraient leurs phrases indigentes de « celle-lal ». « Moi je l’aime pas celle-lal, elle doit pas aller souvent au coiffeur » . Aaarrgh, rien que d’y repenser j’ai encore envie de les étrangler avec leurs tresses de 2 mètres de long, ces tarées de bac à sable. Pourtant je ne suis pas sectaire, toute une partie de ma famille va très souvent « au coiffeur » et encore plus souvent « à Carrefour »…Mais je continue de lutter. Parce que si on dit « Fils à papa », en revanche on ne dit pas « fils à prostituée* », comme je l’explique très souvent à ma fille qui me répond, du tac au tac « c’est la faute à Nanou*, elle dit toujours comme ça ». Alors je dis « Non, chérie, c’est la faute « de » Nanou, pas la faute « à » Nanou ». Exaspérée, elle finit par me répondre « Bon, ben alors c’est la faute d’orthographe ». On pourrait lui opposer que c’est plutôt la faute de grammaire, mais bon, ne chipotons pas, quand ses condisciples, qui ont quelques années de plus, écrivent « G été o coup tif ». Ceci dit, les jeunes ne sont pas les seuls à « renouveler » la langue, comme on dit à la télé de 2ème partie de soirée. Leurs aînés ne sont pas en reste. Entre le « j’kiffe mon taf » de la secrétaire d’Etat à la ville et la « bravitude » de l’ex future candidate du PS, il y a de quoi être décomplexé. Surtout, que chacun n’hésite pas à y aller de son innovation. Moi je propose quand même qu’on soutienne ceux qui sont à la recherche de la véracitude. Pour finir, je tiens à souligner une situation inhabituelle qui, à elle seule, devrait nous réconcilier avec la grammaire. En effet, au sein de la République Grammaticale, il est plus correct d’ être « fils de prostituée » que « fils à papa ». Et ça, ça me fait bien marer.

* Comme vous l’avez compris, je ne peux faire figurer l’expression populaire habituelle dans ce blog, et encore moins l’employer devant ma fille.
**Ladite Nanou, celle qui va le plus souvent « à Carrefour», est par ailleurs ma mère.




C’est ton anniversaire…

4102007

C’est pas celui de ta mère…Non, ta mère c’est sa fête ! C’est vrai qu’avec 10 gosses de 6 ans à la maison, il faut s’attendre à payer de sa personne. C’est sûr, on aurait pu appeler le clown ou la fée, qui nous auraient délestés de 300 euros et de la gestion des terribles en même temps. Seulement, sous nos contrées bobos, ils sont tellement incrustés dans les anniversaires qu’à force les mômes ont l’impression de jouer dans « un jour sans fin » – vous savez, ce film dans lequel le gars se réveille tous les matins avec la même phrase sur la marmotte à la radio, et doit se retaper la même journée que la veille. Si bien que quand Lisa nous a dit, comme si aucune autre option n’était possible « Maman, pour mon anniversaire, ce sera le clown ou la fée ? », nous avons décidé, au péril des conventions et de notre santé mentale, de gérer l’événement en interne. Je suis quand même une professionnelle de la communication doublée d’une ex-directrice de centres de vacances, faut pas déconner ! En plus, on avait l’arme fatale : une pinata. Un truc que les enfants adorent, pour la bonne raison qu’il faut frapper à mort une bestiole en crépon-carton, jusqu’à lui faire cracher son stock de bonbons. Autant vous dire qu’on était parés. C’est pourquoi, quand ils sont arrivés à 15 heures pétantes, avec leurs parents pleins de commisération pour notre sort et de joie coupable pour le leur, j’étais confiante. Sauf qu’un détail m’avait échappé. En centre de vacances, c’est moi qui commandais. Là, ils étaient les invités et ils en voulaient pour leur argent. Après avoir sauté sur mon canapé et hurlé à tel point que j’ai dû virer Doudou de la maison avec Benjamin et ses trois pauvres cheveux dressés sur sa tête, j’ai tenté une reprise en mains. Jeu des odeurs, mimes…Tout ça a bien duré une demi heure et il me restait 2 heures à tuer. On a fait une chasse au trésor pour trouver le gâteau, qui a tourné au drame parce que chacun n’avait pas trouvé un indice. Après, ils se sont jetés sur le gâteau comme s’ils étaient malnutris et on siphonné le coca comme des chasse d’eau. Tout en se battant à coup de cuillères en plastiques et de pieds pour les roses en sucre.
Pleine de fibre éducatrice, je leur ai proposé une construction commune en Kapla, les laissant gérer le chantier entre eux 5 minutes. Mauvaise idée ! Quand je suis revenue certains pleuraient de désespoir devant la construction écroulée, d’autres essayaient de se faire mutuellement bouffer des peluches. Au désespoir, je les ai collés devant la télé, ce bon anesthésiant collectif, pendant l’installation de la pinata papillon. Ils lui ont tapé dessus pendant une bonne demi-heure, en commençant à se canarder à coups de bâton parce que rien ne sortait. Quand Doudou a fini par leur verser le contenu sur la tête, ça a été sanglant. Ma fille n’a réussi à récupérer que trois bonbons miteux, ses invités se barrant même avec les ailes du papillon. Heureusement, elle a trouvé ça génial et était triste que ses amis partent. Pas nous. Pour l’année prochaine, il faut absolument que je retrouve le numéro de la fée.




PARIS AU MOIS D’AOUT

24082007

Que c’est beau, Paris au mois d’août…Un vrai fantasme de parisien qui peut
jouer au touriste dans sa propre ville, tellement les gens autour de lui ne
parlent pas sa langue. Il peut aussi se prélasser au fronton des terrasses
en regardant les pigeons voler. Que c’est beau Paris au mois
d’août…d’habitude. Parce que cette année, on pouvait seulement patauger
dans les flaques des terrasses en regardant les Vélib tomber. On pouvait
aussi aller contempler le désastre de Paris Plage avec nos frères de
douleur touristes, errant comme des perdus dans leurs capes Disney jaune
solei l- ô ironie – et se détruisant les grolles dans le sable mouillé. Ou
alors on pouvait crever d’une obésité fulgurante, vu que les seuls restos
ouverts à Paris au mois d’août sont les McDo. J’ai vu des foules hanter les
rues à la recherche d’une boulangerie et se battre pour la dernière
baguette, fumer en pleurant un mégot ramassé dans la rue devant le 10ème
tabac fermé, s’amputer du pied avec des ciseaux devant les rideaux de fer
des pharmacies. Quand on travaille, à Paris au mois d’août, les autres ne
travaillent pas. On doit prendre les bus qui remplacent les lignes en
travaux des métros, quand ils ne sont pas enlisés dans les coulées de boue,
tous bien serrés comme sur les plages de la Côte d’Azur, mais sur le
Périph’. Quand on envoie un mail au réseau de nos correspondants, on en
reçoit 150 en retour qui disent « je serai absent du 01/08 au 31/08. En cas
d’urgence, démerdez-vous ». Quand on est malade à Paris, au mois d’août,
autant dire qu’on est mort. Les seuls à répondre à votre souffrance ont des
voix métalliques et disent « Le cabinet sera fermé du 01/08 au 31/08. En
cas d’urgence, appelez les Urgences ». Et les Urgences disent « Nous sommes
désolés, mais en raison d’un trop grand nombre d’appels, nous ne pouvons
donner suite à votre demande, veuillez rappeler plus tard. ». Tu m’étonnes
que les vieux tombent comme des mouches à Paris au mois d’août. Même en
pleine forme, les chances de survie sont limitées ! Alors, à ceux qui
disent « Que c’est beau, Paris au mois d’août » je voudrais répondre « Oui,
vu de l’Ile de Ré ».




Le petit Quasimodo va sortir !!

9052007

Toutes les jeunes mères ont, comme moi, subi cette tradition en vogue dans les maternités de notre beau pays qui chérit ses enfants : la photo de maternité ! En général, ça se passe comme ça : une photographe blonde, maquillée et gazouillante arrive dans la chambre alors que vous étiez en train de voler 10 minutes de sommeil vitales pour ne pas vous évanouir. Etant donné qu’elle possède un volume sonore et un débit adaptés (c’est à dire qu’elle considère que c’est vous le nouveau-né), vous ne pouvez pas l’ignorer (je vous le confirme, j’ai essayé). « Oh la jolie maman ! Elle va faire des photos avec son merveilleux bébé la jolie maman !! ». Sans attendre votre consentement, elle prend le petit dans son berceau, vous le colle dans les bras et commence à vous mitrailler. Vous, vous êtes en pyjama, le cheveu terne et l’œil gras (et vice-versa), le visage animé de tics nerveux, rapport au fait que vous avez dormi 4 heures en trois jours. Quant au petit, on ne peut pas dire non plus qu’il soit à son avantage. Il a l’air tout droit sorti du film ConeHeads et allie la beauté d’une tortue à celle de Raffarin. Le plus souvent, il arbore aussi un acné purulent qu’il ne retrouvera qu’aux pires moments de son adolescence.
Qu’à cela ne tienne ! Profitant de votre paralysie intellectuelle, elle vous fait prendre des poses ridicules, plie le petit en boule sur le dessus de lit qui ressemble à celui des maisons de retraite, vous demande de le regarder dans les yeux (qu’il a fermés)…Au bout d’un quart d’heure de cette torture, elle fait la même chose à la mère d’à côté, qui est trop fatiguée pour s’être enfuie discrètement pendant la séance.
Un mois plus tard environ, alors que vous êtes peinarde chez vous, avec votre enfant qui est devenu beau comme un Dieu, elle vous envoie un sms (oui, vous avez aussi eu la bêtise de lui donner votre numéro de portable…) pour vous dire qu’elle passera vous montrer, vous vendre en fait, les magnifiques photos. Au bout de 4 sms sans réponse, elle débarque chez vous à l’improviste, avec sa valise chargée de merveilles. Et là, elle vous sort un album jaune poussin que même la tante Gudule n’aurait pas osé vous offrir, un truc immonde avec des lapins et des canards débiles. Au milieu, des moments volés de vous et votre bébé que vous auriez souhaité que l’on vole pour de vrai, afin de vous épargner d’avoir à les regarder. Vous êtes, oh miracle de la photographie, tous les deux encore plus laids que dans votre souvenir. L’autre vous annonce qu’elle vous offre la première photo (encore heureux, qui voudrait acheter ça ?) et que l’album vous coûtera la modique somme de 83 euros. Bien sûr, l’horreur jaune poussin est royalement offerte. Moi, ce que j’en dis, c’est qu’on devrait interdire les appareils photos dans les maternités, c’est bien plus nocif que les portables…




The survivors

30042007

On avait oublié. Pas croyable le nombre de neurones qui peuvent se barrer en 6 ans…Ou alors c’est parce que maintenant ils sont deux ! Résultat, Doudou et moi ressemblons à des ratons laveurs anémiques, prêts à s’entrebouffer pour finir le fond d’un plat chinois de la veille. Nous errons dans l’appartement tels des prisonniers, l’un marchant dans le couloir sans fin pour tenter d’anesthésier la petite furie possédée par les coliques, l’autre se tapant une partie de Tatou avec l’aînée (jeu dans lequel Lisa interprète la Reine Tatou, tandis que nous jouons le rôle des fourmis…tout un symbole) et vice-versa. La conversation peinard autour de l’apéro est un lointain souvenir, nos échanges verbaux se limitant à « tu peux préparer le biberon / Ca sent le caca / La lessive a pourri dans la machine / Tu prends la piscine ou les courses avec le petit / c’est à mon tour pour la clope / etc.
L’une se bat pour dormir, l’autre se bat pour bosser, les deux qui restent se battent pour que nous ne puissions pas le faire. Autant dire qu’à ce tarif là, pas la peine de penser à la bagatelle ! Pour pouvoir nous envoyer en l’air pour la première fois depuis un mois, j’ai dû profiter d’une réunion de famille pour larguer les petits chez ma mère le temps d’une nuit, pendant que Doudou et moi nous planquions dans un hôtel à dix mètres de chez mes parents (au cas où). Et bien sûr, selon ma mère, Lisa n’a pas dormi de la nuit tellement nous lui manquions, elle est tombée du lit et Benjamin n’a pas arrêté de pousser des cris bizarres « pas des pleurs normaux, tu comprends, plutôt des gémissements d’angoisse »…Bref, en plus nous sommes des parents égoistes et irresponsables. Ce que confirmeraient sans doute des personnes qui entreraient dans le champ de ruines qu’est notre appart. Sauf qu’elles n’entrent pas, puisqu’on ne les invite pas !! Gérer les biberons, les pleurs, les bains et les invités, pour autant qu’ils aient envie de venir au 4ème étage sans ascenseur pour bouffer du Picard est largement au dessus de nos prétentions actuelles. La seule qui voie l’appartement est Lazret, notre bien aimée femme de ménage. Elle secoue la tête en disant « toi fatiguée par potit lapin, hein potit lapin, mama pas le temps faire ménaze. Tou sais, do zores c’est pas assez pour faire tout. ». Ca c’est clair…Moi-même, en une journée entière, je n’arrive même pas à aller pisser ! Tant et si bien que j’en arrive à rêver du jour ou je laisserai à une autre le soin de voir grandir mes enfants et d’habiter ma maison la journée, pendant que j’irai m’abrutir dans les transports en commun avec des milliers de pékins pour un salaire qui ne fait que deux fois celui que je lui donnerai. Allez comprendre…




Scoot un jour, scoot toujours

30042007

Etant donné qu’à 32 ans chacun, ni Doudou ni moi n’avons jugé utile de nous munir de cet attribut rose bonbon qui donne le droit de brandir son majeur dans un bruit de trompette tout en hurlant derrière une vitre, alors qu’on sait pertinemment que l’autre , derrière sa propre vitre, ne peut pas nous entendre…Doudou m’a conséquemment emmenée accoucher de Benjamin, notre second enfant, en scooter. Entendons-nous bien, il ne s’agissait pas non plus de l’équipée sauvage, la maternité se situant à 800 mètres. Mais dans la panique du départ (je jonglais depuis minuit mais j’avais voulu faire ma mère courage et ne pas réveiller tonton Flops, qui devait assurer le relais auprès de Lisa, avant 6 heures du mat’), on a oublié mon casque quatre étages plus haut. Me voilà donc en train de m’affubler du casque rouge de ma fille de 5 ans et demie, qui m’arrive au-dessus des oreilles, avec Doudou qui dit « Il faut que tu l’attaches, il faut que tu l’attaches, je ne pars pas si tu ne l’attaches pas ». Moitié tordue de douleur à côté du cheval de fer (ou plutôt du poney de fer pour un 50 cm2 ?), je parviens donc à enclencher le dispositif. Ce qui a pour effet immédiat de m’empêcher, étant donné que ma mâchoire se trouve soudée par les sangles, de dire à Doudou ce que j’ai sur le cœur concernant ses exigences sécuritaires et de lui rappeler que je l’ai déjà vu rouler avec les pieds par terre tellement il était bourré (j’étais à l’arrière…).
Je monte l’engin derrière Doudou, les fesses au bord du précipice rapport à ma proéminence ventrale, et nous voilà partis dans le matin naissant dans une ambiance détendue et forcément silencieuse, seulement ponctuée de « hin, hin » rageurs de ma part. Doudou gare la bête devant l’entrée de la maternité, et je tente de me débarrasser de mon instrument de torture, tel un chien de sa collerette, mais rien à faire, c’est coincé. Je fais des gestes désespérés en direction de Doudou, en manquant d’avaler ma langue de rire car je me vois déjà sur la table d’accouchement, les pieds dans les étriers avec un casque pour nains sur la tête. Doudou doit imaginer la même chose car il rigole aussi, mais en faisant des grands « ha ! ha ! ha ! »…Enfin, après quelques minutes d’angoisse, nous parvenons à me libérer et nous fonçons à l’intérieur. Doudou met des chaussons bleus ridicules et moi je dois faire pipi sur un truc à bayadère mais je n’y arrive pas, alors tant pis. Dans la salle dite de pré-travail, on m’informe qu’il n’y a pas de salles d’accouchement disponible. Qu’à cela ne tienne, j’accoucherai dans le couloir s’il le faut, pourvu que ce soit sans casque rouge. Doudou repart pour emmener Lisa à l’école, et moi j’enfile une blouse bleue du plus bel effet, toute en transparence et conforme à la mode des ouvertures dans le dos si prisée des hôpitaux. Comme on me conseille d’aller aux toilettes avant d’être paralysée par la péridurale, je m’enroule dans mon drap genre Déesse grecque obèse et je traverse les couloirs qui mènent aux toilettes le regard haut, jusqu’à ce que je m’imagine dans la même situation, coiffée du fameux casque rouge. Les infirmières qui boivent leur café doivent me prendre pour une dingue, à me voir ricaner toute seule, affublée de mon bout de tissu rose. Pour le reste, je suis bien aise que cet attribut soit absent de la première image que mon fils gardera de moi. Allez être autoritaire, après ça !!




Startou

30042007

Dans la vie de toute famille qui se respecte, il y a forcément un jour où l’on décide d’emmener l’ENFANT au pays de la souris américaine, implanté au milieu des champs de betteraves briards. C’est un pays étrange, ou des adultes sains d’esprit font la queue pendant des heures pour monter dans un petit train qui se ballade pendant trente secondes maxi dans deux pièces mal éclairées, généralement pourvues d’un arbre aux yeux rouges ou d’un squelette ricanant qui font très peur aux petits, et qui ne sont même pas dans l’histoire d’origine. Ces mêmes adultes se plaisent également à voler dans des Dumbo en plastique qui montent au moins à 1m50, ou encore à s’émerveiller devant des petites poupées qui dansent en chantant à tue-tête l’hymne de France Télécom. Ils vont ensuite manger des aliments non identifiables qui coûtent une jambe, et demandent des autographes à Dingo sur un petit cahier spécial. On en croise également avec des chapeaux bizarres sur la tête, voire des costumes complets de la Belle au bois dormant ou du capitaine crochet. C’est la magie spéciale du pays de la souris américaine. Proposez à tous ces gens de faire la même chose dans une rue de leur ville, et ils vous regarderont comme si vous leur proposiez une pomme empoisonnée. Les enfants, eux, pâtissent le plus souvent de ces comportements. Pour exemple, j’ai croisé une dame avec une grosse peluche sous le bras. Quand la peluche a bougé, je me suis aperçue qu’il s’agissait d’un pauvre bébé engoncé dans un costume intégral de Tic et Tac (façon combinaison de ski avec bonnet à oreilles intégré). Et il y en avait d’autres comme ça, qui couraient pitoyablement dans les fausses rues en remuant leur gros popotin en fourrure. Que fait la police ? Ceci dit, je ne me dédouane pas de mes propres responsabilités. J’ai moi-même emmené mon enfant dans cet endroit, et en plus, je l’ai fait monter dans « Startou ». « Startou » est un manège fort bien fait (en fait un simulateur bien décoré) qui vous donne l’impression d’aller faire une ballade dans les étoiles. Les enfants y sont autorisés à partir de 3 ans. La mienne en a 4, donc je me suis dit que c’était OK. Elle a commencé à flipper dans la queue, en voyant le robot articulé manquer de foutre le feu à l’engin spatial. Je lui ai alors expliqué que c’était pour de faux, que c’était un manège. Elle n’a pas eu l’air convaincu. Elle voulait savoir si on allait bouger. Je lui ai dit qu’en effet elle aurait l’impression de bouger et d’aller vite, mais qu’en fait ce ne serait pas vrai. Elle m’a regardée comme si j’étais folle. Quand on est entrés dans l’engin et que j’ai bouclé sa ceinture, elle m’a demandé si on prenait l’avion. Là, j’ai commencé à prendre une réelle conscience de mon erreur. Je lui ai expliqué que la fenêtre qu’elle voyait devant elle était en fait une grosse télévision. Puis l’engin s’est mis à bouger et le film a commencé. Quand on est passés en vitesse lumière, elle a agrippé le bras de son père, la bouche grande ouverte, tétanisée. J’ai essayé de lui dire de fermer les yeux mais ma mère m’a dit qu’elle allait vomir. De toute façon, toute communication était rompue, elle fixait l’écran avec horreur en criant de temps en temps : « on tombe ! on tombe ! ». Quand on a pris un astéroïde et que ce putain de manège a fait ressentir un faux choc, j ‘ai cru qu’elle allait tomber dans les pommes. Enfin ça s’est arrêté, la lumière s’est allumée et ma mère a dit « vous ne la referez plus jamais monter dans un avion ». De fait, la petite était déjà debout dans l’allée à dire « laissez moi sortir, laissez moi sortir, monsieur, oh ! la porte est ouverte, laissez-moi passer ! ». Ceci dit, elle a été fair play. Elle a simplement fait remarquer « maman, ça aurait été mieux qu’on l’aurait pas fait celui-là ». En effet. Et tant qu’on y était, on aurait aussi pu se passer de venir, et aller plutôt récolter des betteraves dans les champs alentour.




TOTOTEDOUDOU

30042007

L’échéance des quatre ans arrive, et l’infamie plane au dessus de nos têtes, menaçant de nous marquer de son sceau palin (ça ne veut rien dire, c’est juste une illustration du désarroi). Nous, parents incapables, coupables d’avoir cédé du terrain devant la puissance invincible du Tototedoudou. Nous paierons notre faiblesse, notamment en frais de dentiste, rapport aux quenottes qui battent la campagne dans la jolie bouche de notre fille accro. Mais le Tototedoudou est un ennemi redoutable…Il provoque des cris dans la nuit :  « Maman ! Totote ! Non ! La violette, pas la bleue », des cris dans le métro : « Mon doudou ! », des cris dans les oreilles :
« TOTOTEDOUDOU !!!! »…Toutes choses terribles dont il faut se débarrasser, mais contre lesquelles il est difficile de lutter. Une amie m’a raconté que sa fille avait fait tomber sa totote dans les toilettes, et qu’elle n’en avait plus jamais voulu. Lisa, elle, elle a fait pipi sur son Doudou sans faire exprès, et elle en a bien voulu quand même. Je devrais peu-être essayer de faire tomber par inadvertance Tototedoudou dans la caisse du chat ?
Nous avons essayé de l’acheter : si tu arrêtes la totote, tu auras le plus gros jouet que tu aies jamais vu ! Y’a pas assez de place dans ma chambre, maman. Bon. On a aussi essayé de faire appel à sa fierté : c’est les bébés qui ont une totote, toi tu es une grande fille, que vont dire tes copains si ils te voient ? Ils me verront pas parce que je prends ma totote quand ils sont pas là. Bon. En même temps, on aurait tort de la ramener : deux parents qui tirent sur leur clope en étant incapables de s’en passer, on a déjà fait mieux, comme modèles de renoncement ! Je vais lui proposer de lutter ensemble contre nos addictions, il doit bien exister une « méthode facile pour arrêter la totote »…Ce qui est sûr, c’est que le prochain il prendra son pouce. Comme ça au moins, il ne me réveillera pas la nuit parce qu’il l’a perdu. Mais quand on voudra le faire arrêter, ce sera un peu comme si on lui laissait un paquet de clopes sur lui en permanence. Dur.




Le travail, c’est la santé

30042007

J’ai la chance de connaître un immense bonheur professionnel : Doudou et moi travaillons souvent ensemble. Moi je suis la cliente, lui le prestataire. Je suis allée chercher ses talents de créatif pour en faire bénéficier mon entreprise, qui n’alloue pas un rond vaillant à son service communication. D’où le système D. Le système Doudou. Ce qui est bien, c’est que Doudou est l’un des graphistes les plus talentueux de la Place de Paris, et que je ne pourrais jamais me payer ses services si je ne l’avais pas à demeure et devais faire appel à l’agence qui l’emploie. Et puis, quelle émulation pour le couple que d’inventer l’expression graphique d’une entreprise entre le kir et l’olive, ça change du joint de la machine à laver, des puces du chat et des selles de la petite. Je mettrais néanmoins un petit bémol à cette idylle sentimentalo-professionnelle. Etant donné qu’il m’a sous le coude, Doudou en profite pour me pourrir à la place de tous les autres clients chiants à qui il ne peut rien dire, alors que moi-même je ne le suis pas tant que ça, chiante. A tel point que je finis souvent par me dire que la vie est un plateau de rats et par vouer Doudou aux gémonies. La plus petite des demandes normales d’un client normal, à savoir changer un mot pour la quinzième fois, de préférence quand les fichiers sont prêts à être imprimés, déclenche l’Ire de Doudou. Je veux sa mort, je bosse comme une incapable, non, je n’ai qu’à manger toute seule pendant qu’il se crève le cul devant son ordinateur, où il passera la nuit à cause de mes conneries. Et autres gracieusetés qui volent dans l’appartement, dans lequel Lisa se trouve également. Elle demande alors pourquoi on crie comme ça, et je lui réponds qu’on ne crie pas, on travaille. A mon avis, on est en train de fabriquer une chômeuse de longue durée. Le plus bizarre dans tout ça, c’est qu’on adore bosser ensemble. Nos esprits se rencontrent, se répondent et dansent yeux dans les yeux dans les hautes sphères jusqu’à trouver L’IDEE. La vraie. La bonne. Nous sommes les Verlaine et Rimbaud de la publicité, sauf que je ne suis pas homosexuel et que Doudou est un homme. Bref, c’est quand on démarre le gros œuvre que ça se gâte. Et comme on trouverait mesquin et petit-bourgeois de s’engueuler uniquement pour le boulot, on met un point d’honneur à glisser sur les grands sujets qui fâchent : l’argent, nos attitudes respectivement insupportables, le joint de la machine à laver. Comme ça, notre linge sale est bien propre jusqu’à la prochaine collaboration, et notre vie se remplit de félicité très belle entre-temps. Le travail en commun : la meilleure des thérapie de couple ?




Lazret Connection

30042007

Dans ma vie de jeune mère surbookée, heureusement il y a Lazret. On dirait presque un slogan publicitaire et franchement, ça pourrait en être un. Lazret, c’est ma technicienne de surface perso, mais surtout ma pourvoyeuse d’inventions langagières. La grande poétesse de la serpillière, le prix Goncourt du Paic Citron. Elle est d’origine Polonaise et, bien qu’elle soit en France depuis 20 ans, je ne comprends rien à ce qu’elle raconte. Alors je fais hin hin en hochant la tête et je la laisse faire parce qu’avec elle, la Pologne, c’est l’autre pays du ménage. Et comme je suis une véritable catastrophe sanitaire à moi toute seule, ça tombe bien.
En plus, je fais exprès d’oublier des trucs pour qu’elle me laisse des petits mots.
J’en fais collection, je les adore. Car Lazret pratique la phonétique de l’Est, accent compris, et rien que pour ça je la garderais même si elle laissait 8 mm de poussière sur les meubles et un rat crevé sous le lavabo.
Je l’appelle Lazret parce que je n’arrive pas à prononcer son prénom, et depuis qu’elle m’a laissé ce message succinct :
Acet lazret. C’était le premier, et j’étais totalement démunie. N’osant l’appeler pour qu’elle m’explique ce qu’elle entendait par là, mais incapable pour autant de faire la traduction. La signification s’est finalement imposée à moi quand j’ai audité les produits ménagers et découvert une boîte de lingettes vides. Bon sang, mais c’est c’était clair comme l’eau de la cuvette des toilettes ! Achète lingettes. Comprenant que j’avais compris en trouvant le paquet de lingettes neuves la semaine suivante, elle s’est enhardie :
Jesi o vakos lasme prozen. Lese lazou. Là, j’avoue que j’en ai eu des sueurs froides. Les mots dansaient devant mes yeux tels de petits papillons noirs vicieux. Il fallait penser Lazret, laisser de côté mes douze ans de formation à la pratique d’une langue française irréprochable, me glisser dans la magie de la prononciation polonaise. Après avoir lavé mon cerveau à grande eau, j’ai compris qu’elle était en vacances la semaine prochaine et que je devais laisser l’argent. Maintenant, nos rapports écrits sont totalement fluides : je rachète les sak pubele en temps et en heure, je lui téléphone à chaque « Tuti me apel »… Si lu bonor, cua.







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